État et prospective du paysage médiatique.
La multiplication des terminaux, l’explosion des réseaux sociaux, l’avancée fulgurante des nouvelles technologies (géolocalisation, realtime, réalité augmentée, connectée, 3D…) bouleversent littéralement la consommation des médias. Une (R)évolution pour nous tous !
Depuis son apparition à la fin des années 1960, le réseau Internet est intimement lié à la chose publique. D’abord réseau redondant de communication militaire pouvant résister à une attaque massive, Internet est vite devenu l’outil phare du partage de données et d’informations pour le monde universitaire aux États-Unis et dans le monde. L’invention du web par Tim Berners-Lee a marqué l’étape la plus importante dans le processus de démocratisation du réseau Internet, d’abord approprié par des sociétés commerciales dans les années 1990 puis réapproprié par le grand public dans les années 2000 à la faveur du tournant appelé 2.0.
La fin de la décennie 2000 a vu les réseaux sociaux succéder aux blogs en tant qu’outils de participation des individus à la vie économique, sociale et politique. Grâce à MySpace, Skyrock, Facebook ou Twitter les individus tissent de nouvelles relations autour d’affinités communes, maintiennent et renforcent les liens qui les unissent, alimentent des conversations privées et participent au débat public.
Depuis son irruption, il y a une quinzaine d’années, dans l’univers des médias et du grand public, le web vertical (1.0 ou one way) a lentement bouleversé les usages, démantelé le modèle économique de la presse qui semblait immuable depuis plus d’un siècle et, plus profondément encore, modifié le rapport à la liberté d’expression mettant à la disposition de tout citoyen, en temps réels, des outils autrefois réservés aux seuls professionnels de l’information. Chaque internaute devient émetteur ou relais d’information…
Les médias ont fait face à deux principales révolutions : l’arrivée des médias de masse (télévision, cinéma, radio, presse) puis l’interaction entre individus, entre individus et machines, et entre machines.
Personne n’aurait pu prévoir dans les années 1990 où même qu’en 2010, nous consumerions plus de médias que jamais auparavant. Après la révolution Gutenberg au XVe siècle, une longue domination de la presse écrite suivit, puis arrivèrent lentement la radio et la télévision. Les nouvelles technologies bouleversent aujourd’hui le paysage médiatique, chaque domaine d’activité doit réinventer ses relations clients, son marketing, sa communication, son mode de fonctionnement…
Entré dans une phase de maturité, l’engouement pour le web 2.0 (web horizontal ou au carré) atteint des sommets avec toujours de nouvelles interactions entre les internautes consommateurs, toujours plus participatifs tantôt consommacteurs tantôt consommauteurs, certains sont étant même nommés ambassadeurs d’une entité. Modes d’accès et outils : blogs, wikis (pages comportant des hyperliens les unes vers les autres et modifiables par les internautes afin de permettre l’écriture et l’illustration collaboratives), sites participatifs, forums, jeux (social games) et réseaux sociaux (ensemble d’identités reliées entre elles par des liens créés lors d’interactions), agrégateurs et flux RSS (syndication de liens ou de contenus permettant de suivre plusieurs fils de syndication en temps réels), mashups tels postpost, paper.li pour Facebook, Flipboard pour Ipad (application dont le contenu provient instantanément de la combinaison de plusieurs sources d’information en fonction de leur popularité)… se multiplient alors que le web 3.0 (conjonction du web sémantique et de l’Internet des objets, 3D et dans les nuages ou web au cube) pointe son nez… Étape ultime avant un web 4.0, un peu plus lointain… où se dessinera une singularité technologique (l’intelligence humaine supplantée par les machines) …
Le Web “ancienne génération”, celui où il faut aller à la pêche à l’info, est en train de se transformer en un système qui délivre de lui-même les données souhaitées. Certes, les recherches sur Google ne sont pas encore de vieux souvenirs, mais elles sont de plus en plus concurrencées par des outils spécialisés (moteurs intelligents, veilleurs automatiques, flux RSS, agrégateurs de contenu…) capables d’apporter sur un plateau l’information désirée. Le bénéfice ? Une utilisation moins désordonnée du Net avec, à la clé, un gain de temps considérable.
2,5 fois plus d’internautes en France qu’il y a 10 ans.
Lancé il y a 10 ans, l’Observatoire des Usages Internet de Médiamétrie retrace pour la première fois sur une décennie la progression du nombre d’internautes en France. Au 4e trimestre 2010, près de 38 millions de Français se sont connectés à Internet au cours du dernier mois de l’année soit plus de 7 Français sur 10 contre 3 sur 10 en 2001 où Internet était l’apanage des jeunes. Les Français de moins de 25 ans représentaient alors 40% de la population internaute. Les jeunes sont toujours aussi fans d’Internet. 9 Français sur 10 âgés de moins de 25 ans se sont connectés à Internet en décembre 2010, mais ils ne représentent aujourd’hui que 25% des internautes.
Désormais, l’utilisation d’Internet est en essor auprès de toutes les tranches d’âge. La dernière décennie est surtout marquée par l’avènement des “silver surfer”, catégorie d’internautes âgés de 50 ans et plus. Les 65 ans et plus enregistrent la plus forte progression : ils sont 8 fois plus nombreux qu’il y a 10 ans à s’être connectés à Internet au cours du mois de décembre 2010. En effet, aujourd’hui 31% des 65 ans et plus ont surfé sur Internet au cours du dernier mois 2010 contre seulement 4% en 2001.
Autre fait marquant sur ces 10 dernières années : la féminisation d’Internet. En 2001, moins d’une femme sur 4 (24%) s’était connectée à Internet au cours du dernier mois de l’année. En 2010, ce sont près de 2 femmes sur 3 (66%) qui s’y sont connectées. Et les femmes internautes sont presque aussi nombreuses que les hommes : elles représentent 49% des internautes contre 51% pour les hommes.
Internet s’est également largement démocratisé, si les cadres demeurent les populations les plus utilisatrices d’Internet, les ouvriers sont désormais 70% à avoir intégré Internet dans leur quotidien contre 15% en 2001. Les groupes de presse ont bien compris l’explosion d’Internet. Tous les grands journaux ont leur site web et veulent que leur existence sur la toile soit visible. Le blog réputé à la base pour être un espace d’expression personnel, de nombreux journalistes n’avaient pas créer un blog, or leur rédaction les a poussés, les sites de journaux hébergent donc des blogs afin d’enrichir ses contenus, mais également pour générer plus de trafic. Le journaliste spécialisé dans un domaine en profite pour développer des sujets qui l’intéressent et qu’il n’a pas la place de traiter dans la version papier. Face au déclin de la presse papier imagine déjà l’avenir de l’information écrite sur le web, sans encore trop savoir quel écosystème proposer. Le quotidien régional Sud-Ouest, par exemple, accorde une place importante aux blogs. Ainsi, son site héberge 13 blogs invités, 20 blogs de journalistes de la rédaction, 74 blogs de correspondants et pas moins de 100 blogs d’internautes ! Les blogs permettent également aux sites d’information en ligne de toucher des cibles différentes, notamment les jeunes, qui sont plus intéressés par ce mode alternatif et plus personnel d’information et qui lisent moins la presse traditionnelle.
Une année charnière.
Nous entrons dans des transformations durables au sein de la presse d’information avec l’avènement d’Internet et le passage complet des rédactions au web et à l’écriture multimédia.
Après un an de discussions, les principaux quotidiens nationaux : L’Équipe, Le Figaro, Libération, Le Parisien, Les Échos et les trois news magazines L’Express, Le Point et Le Nouvel Obs – seul absent notable, Le Monde, même s’il a vocation à intégrer le kiosque rapidement – ont officialisé le 29/11/10 la naissance d’un GIE baptisé e-Presse Premium, chargé de créer un kiosque numérique de la presse. Ce groupe d’intérêt économique, en partenariat avec Orange, autour de la diffusion de contenus d’actualité sur Internet, veut mettre en place d’ici fin 2011, un kiosque numérique qui donnera lieu à la création d’une marque spécifique, où les éditeurs de presse pourront monétiser et valoriser les contenus d’actualité que leurs journaux font paraître, à la fois sur Internet, mais aussi sur les plates-formes mobiles. Le GIE e-Presse Premium a un argument de choc : l’ensemble de titres de presse adhérant à ce groupe rassemble 16 millions de visiteurs uniques mensuels et 785 millions de pages vues concernant leurs éditions numériques. Début 2011, Orange devrait aussi davantage mettre en avant les actualités dispensées par le GIE e-Presse Premium dans la rubrique Actu de son portail web Orange.fr (24/24actu). Comme Google News, ce système permettra un renvoi vers la source de l’information, qui devrait ainsi générer un renvoi d’audience vers les sites d’informations partenaires.
De son côté, Apple a lancé en février 2011, les abonnements sur l’App Store, un nouveau service d’abonnement pour les éditeurs de contenu, notamment de magazines, journaux, vidéo, musique… Il s’agit du même service novateur de facturation des abonnements numériques récemment inauguré par Apple avec The Daily de News Corp. Tandis que Yahoo s’apprête aussi à lancer un kiosque numérique baptisé Livestand from Yahoo!, destiné aux tablettes et aux téléphones mobiles pour permettre dans un premier temps aux mobinautes d’accéder à la bibliothèque de contenus numériques de Yahoo! (Yahoo! Actualités, Yahoo! Sport, Yahoo! Finance, Yahoo! Auto, Flickr…). Ce nouveau service s’ouvrira ensuite à des éditeurs tiers.
La convergence des médias recouvre aujourd’hui deux réalités : le rapprochement structurel entre entreprises médiatiques et le rapprochement des contenus entre supports – technologiques – différents. L’information étant l’ensemble des objets physiques d’autrefois (photos, disques, documents imprimés sur papier, cassettes vidéo), que la numérisation « dématérialise », et transforme en simple « information », c’est-à-dire en série d’octets. Le support est la combinaison de la mémoire, de masse ou volatile, disque dur ou mémoire flash, autrement dit de tout ce qui contient un nombre de plus en plus important d’octets, et du protocole nécessaire à l’interprétation du sens de cette série d’octets (un programme). Le transport est le passage de cette information d’un point à un autre dans le but d’être « consommée » : lue, écoutée, visualisée, copiée, partagée par n’importe quel réseau, local ou étendu, privé ou public, sur un support physique ou via une forme d’émission radio, sans compter sur la fusion d’appareils jusque-là très différents comme le téléphone avec la télévision ou l’ordinateur…. Les autoradios connectés qui équipent de nouveaux concepts-cars ou de taille standard qui s’installent en remplacement …
D’après un sondage TNS Sofres réalisé pour le quotidien La Croix début janvier 2011, Internet est devenu, en France, le média le plus utilisé derrière la télévision par les moins de 35 ans (50%). La force de ces médias numériques : ils évoluent automatiquement en temps réel en fonction de leur utilisation par et pour le grand public et sont disponibles presque partout dans le monde. Conséquence pour les médias historiques : la presse écrite s’est relevée des difficultés rencontrées en raison du recul des investissements publicitaires continuant à investir dans le média magazine tout en s’efforçant de trouver un écosystème plus adapté, les médias audiovisuels deviennent de plus en plus segmentées bien que la télévision conforte son statut de “super média” et reste le média le plus employé par les Français pour se tenir au courant de l’actualité nationale et internationale avec des différences nettes selon le statut social (71% chez les catégories sociales supérieures, 89% au sein des catégories populaires) et l’âge (75% chez les 18-24 ans à 85% chez les 65 ans et plus). La radio conserve sa deuxième place (44%, -4 points), talonnée par la presse écrite qui progresse d’un point à 38%. Cette dernière est le moyen d’information privilégié des plus âgés (49% chez les 65 ans et plus) et, plus mondialement, de ceux qui s’intéressent particulièrement à l’actualité (54%).
En comparaison avec les enquêtes annuelles du Pew Research Center portant sur l’utilisation des médias par les Américains qui possèdent quelques années d’avance sur les nouvelles technologies, on constate aux États-Unis, en 2010, une moindre importance de la télévision (66%) et de la radio (16%), contrebalancées par la part plus importante d’internet (41%), qui a surtout percé comme média d’actualité depuis 2008. Sur le long terme, ces études renseignent sur la diminution structurelle de la part de la télévision (74% en 2001) et de la presse écrite (de 45% à 31%) dans les médias américains et a contrario de la montée d’Internet (de 13% à 41%).
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