Mai 2011, le triomphe de Twitter sur les médias.
Twitter, un outil de réseau social et de micro-blogging ouvert au public le 13 juillet 2007, permet à l’utilisateur d’envoyer gratuitement des messages brefs, appelés tweets (« gazouillis ») de 140 caractères maximum, soit u
ne ou deux phrases, par Internet, messagerie instantanée ou SMS. Le 16 mai 2011, Twitter franchit le seuil de 300 millions de comptes dont 21 millions de comptes actifs.
Les élections américaines ont contribué à la notoriété du service et plus globalement à l’utilisation des médias sociaux, les démocrates ayant misé une grande partie de leur stratégie en ligne, comme en témoigne la création du compte @barackobama dès avril 2007. Puis sont venus les médias… Mais c’est une célébrité, @aplusk “Ashton Kutcher”, qui détient le record du premier compte Twitter à atteindre le million d’abonnés, le 16 avril 2009. 17 mois plus tard, il en compte près de 5,8 millions !
2009-2010 Année de la transition.
Des embryons de services utilisateur apparaissent courant 2010, avec des listes, retweet automatique, suggestion de comptes à suivre, et de génération de revenus, avec les tweets, les tendances…
Lors de l’amerrissage d’un Airbus sur l’Hudson River à New-York, le 15 janvier 2009, la photo envoyée presque instantanément via son iPhone par Janis Krums disait « Il y a un avion dans l’Hudson, je suis sur le Ferry, allons chercher les gens. Crazy », soit 10mn après le décollage de l’appareil à 15h36 (heure locale). Les médias commenceront à relayer l’information 20mn plus tard.
Le 12 juin 2009, la Twitpocalypse fait planter Twitter avec 2.15 millions de tweets. Derrière ce nom inquiétant (fin mélange de Twitter et Apocalypse) se cache un étonnant bug dont est victime un certain nombre de clients Twitter depuis vendredi soir à 23 heures 52 minutes et 4 secondes GMT précises. Ce bug est une conséquence inattendue de l’énorme succès que connaît ce réseau social depuis quelques mois.
Twitter s’oriente vers ses utilisateurs et débute sa monétisation.
En novembre 2009, le slogan de Twitter « What are you doing ? » devient « What’s happening ? », s’inspirant de l’utilisation médiatico-journalistique de la plateforme. Depuis fin 2009, Google, en réponse à un partenariat avec la société Twitter, référence des tweets en les indexant en temps réel dans les résultats de ses pages de recherche.
Lors du délibéré du procès Clearstream, c’est un journaliste de France 2 qui, via son compte Twitter, a le premier rendu compte de la relaxe de Dominique de Villepin, devançant ainsi de quelques minutes la dépêche AFP.
Le 26 juin 2009, l’annonce en direct sur Twitter de la mort du roi de la pop Michael Jackson est largement commentée, l’information est officielle 2h plus tard.
En février 2010, l’Agence France Presse (AFP) reconsidère l’usage du fil de micro-blogging Twitter, désormais incontournable à la source comme à la diffusion des “breaking news” et incite ses journalistes à y jeter un œil de plus en plus souvent. Une grande nouveauté pour l’agence.
Septembre 2010, lancement du nouveau Twitter.com. Ce passage de la V1 à la V2 a des conséquences qui vont au-delà du simple site. Pour réaliser sa nouvelle interface, sans surcharger son architecture, Twitter continue sur la voie de l’externalisation, en s’appuyant sur des partenaires de son écosystème et acteurs majeurs de l’hébergement de photos et vidéos (dont Flickr, Justin.TV, Kiva, TwitPic, TwitVid, USTREAM, Vimeo, yfrog, et YouTube).
En décembre 2010, Twitter c’est :
- 175 millions d’utilisateurs (225 000 en France en août) et un écosystème de plus de 300.000 applications
- 370.000 comptes créés chaque jour, dont 1/6 sont créés via téléphone mobile (septembre 2010)
- 95 millions de tweets quotidiens, dont 1/4 contiennent des liens
- 25 milliards de tweets sur l’année
- 90% des tweets sont générés par 22,5% d’utilisateurs
- 80,6% des utilisateurs ont fait moins de 500 tweets, 2,7% plus de 5 000 tweets, 0,18% plus de 25 000 tweets
- 44% des membres se sont inscrits entre janvier et août 2010
- 29% des tweets suscitent une réaction, un commentaire ou un retweet dont plus de 90% dans l’heure
- lors de la Coupe du monde de football, 11 juin au 11 juillet, 172 pays ont émis des tweets dans 27 langues différentes
- le 1er janvier 2011 à oh pile (heure du Japon) : 6 900 tweets dont 40% publiés depuis un mobile
À côté de ces chiffres (colossaux), c’est bien sûr l’impact de la nouvelle interface sur le rapport aux autres et aux médias qui est intéressante. Le nouveau design et le lancement d’une interface plus complexe “à la Facebook” marque la consolidation de Twitter dans sa volonté de devenir le premier Social Mass Media, incluant la mise à disposition de sa technologie pour couvrir des évènements.
2011, le triomphe de twitter…
Dès le départ, les réseaux sociaux ont pris leur part à la révolution tunisienne, l’ont accompagnée. Voire précipitée, analyse Astrubal, co-administrateur de Nawaat, site en pointe pour la diffusion de témoignages (écrits, photos, vidéos, etc.) sur nombre de canaux de diffusion, de YouTube à Facebook. « Serions-nous arrivés à ce résultat sans les réseaux ? Peut-être, mais dans cinq ou dix ans. Ils ont été une pièce maîtresse de cette révolution », défend cet ancien avocat de Tunis devenu universitaire français et partisan de la toile tunisienne. Tout le monde a participé à cette révolution avec ses moyens, plus que sur Twitter, c’est sur Facebook que s’est construit la cyber-révolution. Le réseau de Mark Zuckerberg est utilisé par 1,5 à 2 millions de Tunisiens – un habitant sur cinq. « Twitter sert exclusivement pour diffuser des informations en temps réel, des chiffres, alors que Facebook permet surtout de partager des photos et des vidéos ». Et si le régime a bien tenté une censure par piratage et fermeture de comptes, Facebook restait difficile à museler complètement.
Mai 2011, les médias classiques face à leur premier tsunami digital !
L’annonce le 2 mai (5 h38 heure française) par Barack Obama qu’Oussama Ben Laden, l’ennemi juré des Américains depuis les attentats du 11 septembre 2001, avait été tué, par un commando américain, le 1er mai près d’Islamabad, au Pakistan, a immédiatement provoqué de nombreuses réactions à travers le monde. La nouvelle a été publiée sur Twitter avant même le discours de Barack Obama (alors que celui-ci était encore en train de l’écrire) par Keith Urbahn, chef de cabinet de l’ancien secrétaire à la défense américain Donald Rumsfeld alors que ce n’était encore une rumeur : « Donc je suis informé par une personne digne de foi qu’ils ont tué Oussama Ben Laden. C’est chaud ». La mort de Ben Laden s’est répandue comme un feu de forêt sur Twitter et génère plus de trafic que le mariage princier de William de Cambridge et de Kate Middleton, qui avait déjà fait exploser des records de fréquentation sur certains sites. L’attention accordée à l’événement les 3 jours suivants dans les médias traditionnels et en ligne a été axée sur les ramifications politiques du terroriste mort. Sur un large éventail de médias sociaux tels que Facebook, Twitter… et dans la blogosphère, la discussion a porté à essayer de démêler ce qui s’est passé et sur les sentiments des gens à ce sujet, les messages humoristiques ou maniant la théorie du complot avaient déjà pris le pas sur les faits.
En revanche, il s’est indiscutablement passé quelque chose d’essentiel en France depuis l’arrestation à New-York et la libération de Dominique Strauss-Kahn, le 20 mai. À l’origine, un message envoyé samedi 14 mai à 22h59 (heure française) sur Twitter par Jonathan Pinet, 24 ans, jeune militant UMP et étudiant en master affaires publiques à Sciences-Po, soit 14 minutes seulement après l’arrestation de DSK à l’aéroport, où il écrit très précisément : « Un pote aux États-Unis vient de me rapporter que DSK aurait été arrêté par la police dans un hôtel à New York il y a une heure. » Quelques minutes plus tard, Arnaud Dassier, ancien responsable de la campagne Internet de Nicolas Sarkozy en 2007, suspecté d’être à l’origine de la rumeur de la Porsche avec DSK, et actionnaire minoritaire du site Atlantico.fr reprend l’information « Apparemment #dsk à NY c’est du très très lourd. » Simple coïncidence ou véritable opération contre DSK, le webjournal de droite 24heuresactu.com est le premier site français à publier l’information, avant Rue89.com qui se contente de deux lignes et d’une mention « développement à venir » avant de compléter à 1h 23. Le tout premier papier évoquant l’affaire est le tabloïd à sensations New York Post qui publie à 18h33 (heure de New York, soit 1h33 après Jonathan Pinet), que DSK aurait été arrêté avant sa montée en avion pour Paris et que l’affaire aurait un rapport avec une employée d’un hôtel.
En début de semaine, alors que leurs envoyés spéciaux prenaient encore leurs marques, les rédactions françaises se sont rabattues sur des « tweets » de confrères américains déjà en poste. « Selon une journaliste de la chaîne américaine, CNN a la confirmation que la vidéo surveillance du Sofitel de New York montre DSK en train de quitter sa chambre de manière précipitée », a par exemple écrit europe1.fr, en renvoyant vers le message de cette journaliste et non vers le site de la chaîne (cette information a depuis été contestée). Qu’on le veuille ou non, balayés par Internet et son réseau social Twitter, les grands médias classiques ont connu leur premier tsunami.
L’usage de Twitter comme source d’information dans les médias français a ensuite été démultiplié lors des audiences au tribunal pénal de New York, pourtant diffusées en direct sur CNN.com. La cinquantaine de journalistes présents dans la salle du juge Melissa Jackson, qui avaient interdiction de filmer et de se servir de leurs téléphones pour appeler leur rédaction, ont choisi de livrer le compte-rendu de la séance sur leur compte Twitter, les rédactions se sont donc rabattues sur leurs « tweets » pour étayer leurs commentaires. Parmi eux, le journaliste de l’AFP Stéphane Jourdain, celui d’Europe 1 Jean-Philippe Balasse, ou le fondateur de PlayBac (« Mon quotidien ») François Dufour. « 11 policiers dans la salle. Il attend son tour. DSK debout devant moi. On lui prend 2 photos d’archi près. Nos regards se croisent », tweete ce dernier vers 18 heures (heure française). À l’extérieur du tribunal, télévisions ou sites Internet citent les tweets de leurs confrères. En quelques minutes, ces derniers gagnent plusieurs milliers de « followers » (abonnés). Le compte de François Dufour passe ainsi rapidement à 3.000, puis bondit à près de 7.000… À 18h30, Jean-Philippe Balasse tweete : « Pas de remise en liberté. »
La transcription en direct, via Twitter, du déroulé, minute après minute, de la seconde audience au tribunal de New York, a donné à cet événement une dimension jamais vue, renvoyant les journaux de 20 heures des grandes chaînes à la préhistoire. Entendre le patron de Canal+, Rodolphe Belmer expliquer lors de la mise en liberté conditionnelle de DSK que les informations, divulguées des États-Unis par leur correspondante débarquée New York, Laurence Haïm, ne devaient pas passer par le canal d’Internet et de son compte Twitter, et être réservées aux seuls téléspectateurs de cette chaîne, avait du coup quelque chose d’étrangement archaïque. Il n’était de voir l’avance fulgurante prise sur l’évènement par des chaînes d’informations, comme BFM TV ou i>télé, qui étaient en liaison directe avec des journalistes présents dans l’enceinte d’un tribunal où les téléphones portables connaissaient une longue crise de tachycardie, pour se convaincre que rien ne serait plus comme avant. Formidable feuilleton « live », retranscrit numériquement, cetteaudience prit ainsi un tour haletant. Non seulement, en raison de l’importance de l’événement, mais également à cause du caractère haché, saccadé, compulsif, des informations délivrées au fil de tweets qui tombaient. Propulsé au tout premier plan, le réseau de micro-blogging Twitter s’est imposé comme une source d’information majeure pour ceux qui ont choisi de suivre en direct les démêlés de l’ancien directeur du FMI avec la justice américaine.
Tandis que des éditorialistes soliloquaient sur le plateau de France 2 et que Laurence Ferrari claironnait avoir été informée par SMS, – un poste à galène, comparé à la puissance de frappe de Twitter -, de la libération de DSK, les chaînes d’infos déroulaient du tweet au kilomètre. Cette irruption de Twitter en direct a eu des effets inédits. Les équipes en plateau et les téléspectateurs-internautes se sont retrouvés au même niveau d’information que leurs correspondants sur place devant le tribunal… et les ont souvent devancés. Vers 22 heures, la journaliste Maryse Burgot a peiné à répondre aux questions de David Pujadas, concédant ne pas disposer des détails sur la libération conditionnelle de Dominique Strauss-Kahn, qui circulaient sur Twitter. Rompant toutes les barrières de la concurrence, i>télé a choisi de citer le correspondant d’Europe 1 à New York et deux journalistes de Radio France, faute d’information en provenance de leur journaliste sur place. La volonté de coller au flux des messages en temps réel sur Twitter a aussi provoqué quelques interventions périlleuses. Dans l’urgence, la source des tweets lus à l’antenne n’a pas toujours été clairement identifiée. BFM TV a par exemple évoqué de vagues messages sur Twitter ou des informations en provenance de la salle d’audience, qui étaient en fait des reprises de messages de journalistes d’autres médias, non-sourcés. « On apprend grâce à Twitter que Dominique Strauss-Kahn est vêtu d’un costume gris et d’une chemise blanche et qu’il a souri à sa femme Anne Sinclair », a aussi lancé Laurence Ferrari, durant le 20 heures de TF1. Certains tweets rapportés n’avaient par ailleurs plus grand-chose à voir avec de l’information. « Le juge est en train de réfléchir, semble-t-il, si j’en crois ce que je lis sur Twitter », a lâché un journaliste de BFM TV. « Il n’y a pas de tweet, on est dans un moment de flottement. Là c’est un peu la spéculation parce que je ne sais pas ce qui a pu se passer », a-t-on pu entendre sur i>télé. Quelques jours plus tôt, la chaîne d’information de Canal+ s’était déjà emmêlée, en citant un faux compte Twitter de Tristane Banon, la journaliste et romancière qui a raconté avoir été agressée par Dominique Strauss-Kahn.
Obligation de résultat, rapidité, accessibilité, universalité de l’information… Twitterland a déboulonné Médialand. Avec plus de 150 000 quotidiens dans le monde qui ont consacré leur Une sur DSK en douze jours, cette performance inédite oblige désormais les grands médias français et dans le monde à s’interroger sur l’ergonomie d’une information que les consommateurs connectés ont pris l’habitude de digérer à la vitesse de la lumière.
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